Description
Le commencement de la nourriture et la grammaire relationnelle à table.
Je mangeais seule. Sauf le dimanche.
On me laissait l’assiette préparée sur le coin de la table, près de la fenêtre. La bouteille d’eau posée devant le vide circulaire du verre. Les miettes sur la nappe comme un semis métaphysique de pain.
Les autres de la famille s’étaient déjà levés : les hommes partis se coucher, les femmes à la cuisine pour laver, essuyer, ranger au réfrigérateur les restes de nourriture.
Le dimanche, tous ensemble, devant beaucoup de nourriture, ils parlaient de clients, de travail, de choses à faire.
Moi, je me taisais.
Anna Maria Farabbi
Extraits du texte
Manger seul, à mon avis, ne génère en soi ni manque ni sentiment d’incomplétude. Le noyau de ma réflexion réside dans la manière dont on mange lorsqu’on est ensemble. Quelle consistance a la communication autour de la table ? Quel mot. Quelle intention, tension, attente se cachent derrière la parole et le silence. Dans quelle mesure se maintient l’énergie cérémonielle du partage et la conscience de la préciosité de la nourriture. Dans quelle mesure nous signifions la nourriture comme un anneau fondamental de communication et de génération, entre notre petit moi et le grand nous, entendu comme écosystème.
Le corps de la personne souffrante, sa langue (qui fait naturellement partie de son corps), opèrent une soustraction sociale, plus ou moins consciemment. Elles semblent présentes au monde, mais intérieurement éloignées. Blessées. Le retrait progressif se manifeste précisément dans la relation entre nourriture et langue, dans une pratique rituelle d’abstention, de refus du contact : veillant et observant avec une tension défensive et autoprotétrice.
Note sur la curatrice
Anna Maria Farabbi a publié chez Al3vie, en 2021, Louise Michel, è che il potere è maledetto e per questo io sono anarchica (Louise Michel, c’est que le pouvoir est maudit et c’est pourquoi je suis anarchiste), et Il canto dell’altalena. L’oscillazione della figura tra il gioco e il mito (Le chant de la balançoire. L’oscillation de la figure entre jeu et mythe), suivi de La tela di Penelope (La toile de Pénélope), œuvre en coédition avec Pièdimosca edizioni.
Pour Kaba edizioni, elle a publié en 2013 Caro diario azzurro (Cher journal bleu).
Elle a collaboré au projet Leggimileggi et dirige la collection Gocce dans laquelle a été publiée son œuvre La notte fosforescente (La nuit phosphorescente).
Note sur la publication :
Livre disponible en version papier et en ebook en italien et aussi en anglais.





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